COMMENT INTERNET A BOUSCULÉ LES RÈGLES DE SÉDUCTION

COMMENT INTERNET A BOUSCULÉ LES RÈGLES DE SÉDUCTION

Qu’est ce que séduire en 2015 veut dire ?

tinder, drague géolocalisée

 A chaque époque son type de séduction

 #dragueur est un guide de « séduction à la Française ». Mais la séduction, ce n’est pas seulement un espace, c’est aussi un temps.

Les dragueurs d’un autre temps seraient catastrophiques à notre époque

Souvenez-vous d’Ovide, de Valmont, du chevalier sans doigt… Rappelez-vous leur « bon plan drague » et essayez de les appliquer aujourd’hui. Que dirait votre belle si vous décidiez de lui envoyer votre majeur sanguinolent par la Poste ? Séduire, c’est toujours séduire à un instant t, dans une époque précise. Cette époque, avec son lot de changements culturels et sociaux, influe largement sur notre façon de communiquer, de nous comporter dans la parade amoureuse. Même une décennie peut tout changer, et votre grand-père, votre père, auraient beaucoup à apprendre de la séduction à la Française aujourd’hui.

 Internet a tout bousculé

Dans #dragueur, j’ai pris en compte ces changements, pour que le livre soit un guide de « séduction maintenant». Et maintenant, quelque chose est arrivé, qui a tout bousculé. Que vous en soyez utilisateur ou non, cela est égal : la rencontre par internet a changé votre perception de la séduction sans même que vous vous en rendiez compte.

De la rencontre sur internet à l’homme objet

 Harry recherche Sally

Au commencement, il y eut Meetic. Meetic, est le prolongement numérique de l’agence matrimoniale : on renseigne un profil, les critères du compagnon idéal… et on attend que la magie opère. Ce site a ouvert la voie à tous les autres sites  et leur spécialisation : Edarling (psy), Attractive world (élitiste), GayRoméo (gay)  etc ;. Il a surtout permis de rendre « banale » la rencontre par internet. Mais pour tout dire, Meetic est aujourd’hui devenu un dinosaure.

 Mon mec dans un caddie

Après Meetic, il y a eu Adopte un mec.com. Ce site, lui, est un alien dans le monde des sites de rencontre. Il reflète un changement dans les relations hommes femmes. Maintenant la femme aussi a le droit de consommer de l’homme : elle fait son petit marché, compare les offres, met les mecs dans son caddie. Adopteunmec aborde la séduction d’un point de vue totalement décomplexé, décalé, détaché.

Mais ça ne veut pas dire que la drague disparaît. Bien au contraire, elle se renouvelle pour devenir incontournable. Connotée plus « cool », elle se décomplexe et devient même nécessaire. Pour plaire, les hommes doivent séduire. Ils en viennent d’ailleurs à se considérer eux-mêmes comme une marchandise qu’il faut « vendre », avec les bons arguments. Comme les marques qui, confrontées à des consommateurs plus méfiants, doivent se vendre sans en avoir l’air.. Mais même quand il s’arrange pour que ça ne se voie pas, l’homme moderne évolué est un dragueur. Celui qui ne séduit pas, un looser. Une pression incroyable pèse sur vous, Messieurs.

Mais, même avec cette vision décalée, Adopteunmec ne change pas les règles classiques de la rencontre par internet. On continue d’aller sur un site, de regarder les différents profils, de discuter, puis de se donner rendez-vous, pour une nuit ou pour toujours. C’est une agence matrimoniale funky, mais une agence matrimoniale toujours.

Tinder : la « vraie » drague

Tu es là, je suis là, nous sommes là

La vraie révolution, elle est dans la rencontre géolocalisée. Dans Tinder, dans Bonjourbonjour, dans Lovoo. La drague géolocalisée reproduit l’illusion de la vraie vie. Plus besoin de se rendre sur un site internet : il suffit de rester là où on est. On nous indique les potentielles âmes sœur qui sont à proximité. Vous êtes en train d’acheter votre pain ? Elle est peut-être derrière vous, dans la queue. Vous allez au cinéma voir une comédie romantique avec votre petite sœur ? Elle est peut-être là, à quelques sièges de vous. Un petit tour dans les toilettes publiques ? Elle en sort à l’instant. Tinder reproduit les conditions d’une rencontre réelle. D’ailleurs, il n’existe que sous forme d’application, sur les smartphones. Exit aussi les histoires de « profils », de « critères » : comme dans la vie réelle, on commence par la tête de la personne : sa photo. Le reste, on le découvre en discutant.

 On me voit, on me voit plus

Et pourtant, c’est là le plus paradoxal : les utilisateurs de Tinder, et plus particulièrement les hommes, aiment à rester derrière leur écran de smartphone, à prolonger l’instant de la rencontre réelle. Parce que Tinder, c’est aussi un peu un jeu : on tapote son écran,, on fait glisser les photos, on like ou on dislike…

Tinder est le symbole de l’époque du #dragueur : où internet n’est pas seulement un support média, mais une vie parallèle. On peut vivre dans la vie réelle autant que sur internet. On peut séduire dans la vraie vie, mais aussi par smartphones interposés.

La séduction en 2015 : l’ère du toucher

Ces nouveaux modes de communication ont eu un effet surprenant et paradoxal. Celui de renforcer la partie charnelle, physique de la séduction. Plus la séduction s’est ouvert à « l’immatériel », au « numérique », et plus la nécessité de séduire en « chair et en os » s’est accentuée. Aujourd’hui, on séduit davantage avec son corps qu’avec sa tête, avec ses gestes qu’avec ses mots. Les femmes ne pardonnent plus à ceux qui restent derrière leur écran ou leur pinte de bière : elles veulent du contact, du risque.Ce changement a introduit de nombreuses règles implicites dans la séduction à la Française. Des règles qu’il vous faudra apprendre et que vous pourrez découvrir dans #dragueur.

L’amour en ligne sur la touche

L’amour en ligne sur la touche

4391128-le-succes-des-sites-de-rencontres-en-ligne-attise-la-concurrenceLa multiplication exponentielle des sites de rencontre en ligne,  la fréquence et la surenchère  des campagnes de communication, que rencontre la normalisation  de ce mode de relation, invitent à s’interroger sur les modalités de différentiation sur ce marché.  Comment fait-on pour être élu dans la masse des propositions existantes ? Peut-on vraiment se distinguer des concurrents ?

Près d’un célibataire sur 5 est inscrit sur un site de rencontre en ligne. 20% de la population libre. 20% dont, un beau matin, ma cousine m’a annoncé – peut-être- enfin c’est pas sûr- mais pourquoi pas – vouloir faire partie. Mais rejoindre la communauté des amoureux en ligne n’est pas chose si aisée. Alors après discussion sur les peut-être et les pourquoi pas, il a fallu choisir le fameux site sur lequel s’inscrire. Et là, ce fut le drame – ou plutôt, le jeu des sept erreurs : entre les plus connus et les plus pointus, entre Attractive world et E-darling, entre Tiilt et Hug Avenue, MAIS QUELLE EST LA DIFFERENCE ? Pire encore, y en t’il vraiment une ?

D’un concept à une pratique sociale

 Capture d’écran 2013-04-19 à 09.04.11Capture d’écran 2013-04-19 à 09.03.46A l’origine, la rencontre par internet est un concept au sens littéral du terme : c’est à dire une offre tout à fait inédite, qui implique d’être expliquée pour être adoptée, puisque par définition, elle n’est pas ordinaire. Même si ce concept existait avant Meetic, qui n’en est donc pas le géniteur, c’est cette marque qui l’a révélé au grand jour, incarné et popularisé en 2002. Partant, Meetic était le représentant du concept, et devait donc assumer le rôle d’initiateur. Didactique, explicatif, Meetic nous annonçait alors, à l’époque, qu’il existe un autre moyen de rencontrer l’âme sœur, et que ce moyen merveilleux, c’est internet. Pour promouvoir sa marque, il suffisait donc simplement à Meetic de promouvoir le concept, puisque de toute façon elle en avait le monopole.

Puis, la démocratisation de l’outil internet dans les foyers a tout bouleversé : création et appropriation de nouveaux modes d’interaction, tendance à la  « tribalisation »,  ouverture illimitée des possibles … Combinés à l’évolution du statut des femmes et partant,  de la relation homme-femme, ces facteurs peuvent en partie expliquer la normalisation du concept de rencontre en ligne : de plus en plus de personnes acceptaient d’envisager la potentialité de trouver l’âme sœur en se connectant sur internet.

Une fois normalisé, le concept a donc quitté son statut de concept pour devenir une pratique sociale, et donc un marché.  Les acteurs de ce marché se sont diversifiés, et de nouveaux sites ont vu le jour, de plus en plus nombreux.  Dès lors, il s’est agi pour chacun de ces acteurs, non plus d’expliquer mais de se positionner, c’est à dire de développer un discours différent de celui de la concurrence, et à valeur ajoutée par rapport au leader (Meetic) . Le contenu du message est le même (la rencontre en ligne) mais les attributs deviennent propres à chaque marque.  Quels sont alors ces attributs et sont ils vraiment différenciants ?

Les attributs de différenciation: contenu ou forme, des détails superficiels

En réalité, les possibilités de différentiation semblent assez limitées sur ce marché.

–       Soit les marques interviennent sur l’offre en elle-même ; en apportant de légères « touches » qui enrichissent le service : un test de personnalité inspiré des psychothérapeutes chez E- Darling, une sélection à l’entrée par les membres eux-mêmes et des événements physiques récurrents chez Attractive World, une rencontre par affinités avec Meetic Affinity etc.

L’intervention sur l’offre peut aussi prendre la forme d’une spécialisation de la cible concernée ou de la relation recherchée : GayRomeo destiné aux homosexuels, Mektoube pour les rencontres entre Magrébins, ou Cdate.com pour les « casuals dates », c’est à dire les rendez-vous sexuels.

Mais que le choix du positionnement porte sur la sophistication ou sur la « sectorisation », aucune de ces deux pratiques n’est en mesure de transformer la structure du marché de la rencontre en ligne : la différence est tout au plus, un ajustement de contenu . Dans cette logique, la préférence du futur client pour tel ou tel site ne sera que superficielle.

–       La seconde opportunité de différentiation repose  non plus sur le contenu, mais sur la façon de présenter ce contenu : le discours publicitaire.

Le retour de la rencontre en ligne comme pratique inédite

Sur ce plan, la richesse des modes d’expression n’est qu’illusoire : en réalité, la différentiation ne s’organise que sur un seul axe, initié par Meetic: l’ « a-normalisation » de la rencontre en ligne.

MeeticMeetic, en réaction à la recrudescence des sites de rencontre en ligne, a adopté une stratégie propre. Puisque la marque était rattrapée de toute part par la concurrence, puisque le concept était devenu normal, Meetic a décidé de revenir aux fondamentaux. En 2003, elle expliquait qu’un concept merveilleux voyait le jour. En 2012, elle réaffirme « l’exceptionnalité » de la rencontre en ligne. Avec le spot très bien réalisé de Maïwenn, la rencontre sur son lieu de travail ou à une soirée devient classique, sans rebondissements, voire ringarde…et la rencontre en ligne est à la fois extra-ordinaire et excitante: « Moi ce que je crois c’est que les belles rencontres, elles se font partout, et surtout ailleurs. » La rencontre en ligne devient l’ailleurs, cet espace non saturé, inédit, plein de  surprises. Et qui a inventé ce mode de relation, dans l’esprit des consommateurs, sinon Meetic ? Ici encore, Meetic  s’attribue implicitement le bénéfice de l’invention… Elle apparaît à la fois comme le « challengeur » de la vie quotidienne et morne, (comme elle le faisait en 2003)  et le référent de cette pratique extra-ordinaire, avec tout ce que cela implique symboliquement : une expertise, un vrai métier, de la qualité…

mqdefault Capture d’écran 2013-04-19 à 09.19.48Cette tendance à l’exceptionnalisation de la rencontre en ligne se retrouve chez E-Darling.  Ainsi pouvait on voir, dans un spot esthétiquement irréprochable, aux allures de long métrage, un couple âgé s’amuser à tournoyer main dans la main…puis la ronde continue et l’on remonte dans le temps… jusqu’à  assister à la rencontre des deux magnifiques tourtereaux… en ligne.  Le propos est simple : les histoires extra-ordinaires naissent sur internet. Pourtant, si le spot est bien pensé ,il ne peut pas fonctionner stratégiquement. En effet, Capture d’écran 2013-04-19 à 09.28.31E-darling n’a ni le privilège de l’héritage (comme Meetic qui a en quelques sorte initié le concept) , ni la légitimité pour s’exprimer sur ce terrain. Pire , E-Darling est en situation de « communication skyzophrénante » : sa publicité fait appel à l’émotion, quand toute son identité repose sur une vision extrêmement rationnelle et premier degré de la rencontre en ligne : un nom descriptif (voire ringard) , une signature fonctionnelle «  exigez des rencontres de qualité », un graphisme pauvre.

safe_image attractive-world-play1Nous ne parlerons pas ici des discours adoptés par les autres marques, dans la mesure où ils ne s’appuient que sur l’explication du concept de rencontre en ligne (des gens qui se rencontrent en vrai dans les publicités Tiilt ou Attractive World) et ne constituent donc pas un mode de différenciation.

Ainsi, soit le discours publicitaire est une tentative de « re-exceptionnaliser » quelque chose qui est devenu courant et ordinaire ( partant ; la tentative ne peut qu’échouer puisque la promesse est artificielle), soit elle explique un concept qui n’en est plus un et que tout le monde connaît. Et de toute façon, chacun de ces discours propose une vision mièvre de l’amour.

Mais alors, est-il encore possible de se différentier sur le marché de la rencontre en ligne ? Non, lorsque l’on répète un modèle à l’infini. Mais OUI, quand c’est le modèle même qu’on bouleverse.

Adopte un mec : « l’océan bleu » de la rencontre en ligne

J’imagine qu’à ce stade, honorable lecteur, vous vous étiez demandé pourquoi je n’avais pas encore mentionné Adopteunmec.com dans mon argumentation. Et bien la réponse est simple : tout simplement parce qu’ Adopteunmec.com ne fait pas partie du marché de la rencontre en ligne.  Ou plutôt, Adopteunmec.com a su créer un espace à part sur le marché de la rencontre en ligne.On pourrait penser, à première vue, que la seule différence d’Adopteunmec.com est d’être ouvertement et fièrement provocatrice et disruptive. Ainsi, la différence ne serait que formelle : un même concept, une façon plus « déjantée » de l’exprimer.

Mais la force d’adopteunmec.com est bien plus profonde. Adopteunmec.com est « l’Océan bleu » du marché de la relation en ligne.  La stratégie de l’Océan Bleu a été  présentée pour la première fois en 2005 par W. Chan Kim et Renée Mauborgne . Cette appellation désigne la capacité  pour une entreprise à créer, sur un marché non contesté ( c’est à dire commercialement viable) une voie parallèle aux concurrents, les disqualifiant de fait .

Ainsi par exemple, sur le marché de l’ordinateur, il y a les PC… et les Macs . Chez les machines à café, il y a les machines à café…et les Nespresso. Cette réussite repose sur deux axes principaux : 1. l’introduction d’une valeur apparemment contradictoire au marché dans lequel elle s’insère:

gestures_herode l’intuition dans la technique

de la préciosité dans le consommableCH_3507-F_mediaMain

2. L’instauration d’un nouveau cadre et de codes d’expression bien spécifiques, sur lesquels ne peut aller la concurrence.

Adopteunmec.com n’est pas simplement le nom d’une marque; c’est un concept, et , par là-même, sa signature. Loin de l’océan rouge et saturé de la rencontre en ligne, elle a inventé un autre espace :

  1. En introduisant une dimension consumériste à la valeur sacrée et spirituelle de « l’Amour »
  2. En inventant un nouveau cadre d’expression : exit les visuels d’un homme et une femme qui se rencontrent, Exit les sourires béats, les regards langoureux au restaurant.. exit les couples à bicyclette… Bonjour à l’homme produit, au panier de courses,  aux fiches techniques (pourcentages à l’appui) , bonjour aux stéréotypes assumés : « le roux », « le tatoué », « l’intello »…

Gleeden-campagneprint062012L’humour au millième degré, est non pas seulement un ton de discours, c’est la structure de la marque, son identité. Comparons Gleeden, le site internet destiné aux rencontres extraconjugales à adopteunmec.com.  Comme AUM, Gleeden applique un humour disruptif et provocateur .  Chez cette marque, l’humour est le ton abordé par la marque pour faire passer une posture immorale (qui est tout à fait sérieuse)  : il sert à « faire passer la pilule » de la posture.   Chez AUM au contraire, l’humour est la posture : la vision consumériste de l’amour est déjà du millième degré.

Cette structure de marque humoristique permet à la marque une liberté de ton exceptionnelle. Adopteunmec.com s’amuse de tout : de

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L’Oréal avec ses publicités sur le roux et le tatoué,  de

BFM tv avec sa publicité CAC 40… et s’amuse avec tout le monde, jusqu’à Lucienne , la fameuse égérie du petit journal. Mais si le contenu repose sur l’humour au millième degré, la forme, elle est toujours particulièrement soignée et maitrisée: avec 749bfc20b8c7e8c9236c4451986496bc50015f44dc0a6Capture d’écran 2013-04-19 à 11.29.09son fond noir, son jeu sur les typographies , sa mise en scène esthétisée, Adopteunmec est aussi magnifiquement design et moderne. Les codes sont donc inversés : l’identité graphique est sérieuse, et c’est le propos qui, en soi, est humoristique.

Voilà pourquoi,  plus elle s’amuse des codes, plus elle utilise le cinquante millième degré, et plus la marque est prise au sérieux . Qui oserait affirmer qu’adopteunmec. Com n’est qu’un site pour les rencontres sexuelles et consuméristes, et ne peut pas donner naissance à de vrais amours ? Personne, car ce n’est pas ni le propos du site, ni la vérité .

Adopteunmec. Com n’a pas crée une nouvelle offre, mais un nouveau segment de cette offre, qui crée un vrai schisme des utilisateurs : comme il y a PC et Apple, il y a adopteunmec… et les autres .

Et vous, quel est votre océan bleu ?